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Paris, le 19 mai 2015

Interview MNC : Claudio Domenicali, PDG de Ducati

Interview MNC : Claudio Domenicali, PDG de Ducati

Convié à la soirée d'inauguration du nouveau ''Store'' de Ducati Paris, Moto-Net.Com s'est entretenu avec un prestigieux invité : Claudio Domenicali ! Scrambler, scooter, marchés, nouveautés... Le président directeur général de Ducati s'est confié à MNC.

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Après avoir assisté à la conférence de presse organisée au Ducati Store parisien (lire MNC du 18 mai 2015 : Domenicali et Dovizioso rendent visite à Ducati Paris), Moto-Net.Com a pu s'entretenir avec le président directeur général de la marque de Borgo Panigale, Claudio Domenicali en personne. "Mamma mia", MNC va devoir assurer !

Moto-Net.Com : M. Domenicali, vous êtes devenu PDG de Ducati il y a deux ans. Quelle a été votre première grande décision à ce poste ?
Claudio Domenicali :
J'ai longuement discuté avec le PDG d'Audi et avec l'ensemble du conseil d'administration au sujet du programme sportif de Ducati, qui était alors très mal en point. Je leur ai suggéré de restructurer les équipes et ils étaient d'accord. Ils m'ont même soutenu. Je pense que c'est de loin ma plus grande décision.

MNC : Vous assistez aujourd'hui à l'inauguration du nouveau "Store" parisien. Quelle image avez-vous de la France en général ?
C. D. :
L'image de la France n'est pas très éloignée de celle de l'Italie selon moi. Nous avons de nombreux points communs. L'attention que nous portons au design, à la nourriture et au vin...

MNC : C'est notre côté latin !
C. D. :
Oui, exactement, ce côté bon vivant, qui profite de la vie. En cela, nous sommes très proches. En revanche, vue de l'Italie, la France a l'air plus "européenne". Et il semble que la France cherche davantage à conserver son industrie, ce qui est très important d'après moi. Cette grande industrie, l'Italie a eu plus de mal à la protéger ces vingt dernières années, ou elle l'a vendue. D'un autre côté, les Italiens s'adaptent plus rapidement aux nouvelles situations.

MNC : Quel est le poids du marché français dans votre activité ?
C. D. :
Il est très important, c'est l'un des plus importants en Europe. Mais je considère que le potentiel de notre marque en France est plus élevé que le niveau actuel. Pour une raison ou pour une autre, nous n'avons pas été en mesure de révéler à quel point la marque a évolué ces trois dernières années, en tant que nouvelle entité du groupe Volkswagen. Nous sommes l'une des 12 marques d'un groupe très solide, très fiable, qui nous offre un soutien financier. Et je ne suis pas certain que ce soit très clair dans l'esprit des clients potentiels en France. Ces derniers nous voient peut-être comme une petite boutique italienne un peu fantaisiste...

MNC : Nous savons que les États-Unis sont votre plus gros marché. Les Américains ne vous demandent pas un cruiser qui resterait sportif et sophistiqué - ce serait une Ducati ! - mais peut-être un peu plus confortable pour de longs trajets à deux et chargés ?
C. D. :
Les USA sont très satisfaits par notre gamme de produits. Ils nous voient comme un constructeur européen. Une moto fabriquée exprès pour correspondre à un certain marché ne serait plus une véritable Ducati. Nous vendons très bien nos produits aux Etats-Unis grâce à leur sportivité, leur sophistication et leurs performances. En revanche, il est vrai que nous pouvons exploiter nos valeurs dans des segments sur lesquels nous ne sommes pas présents actuellement. L'avenir nous le dira.

MNC : Justement... En France comme en Italie, un nombre impressionnant de motards sont fous du Tmax. Cela ne vous tente pas d'investir ce segment du maxiscooter sportif ?
C. D. :
Bon, disons que c'est une évolution possible pour notre marque car c'est un produit sportif destiné à un usage quotidien. C'est une possibilité, mais qui n'est pas prévue à court terme.

MNC : Parlons du concret. Nous avons vu dans nos premiers bilans marché 2015 que le Scrambler réalisait une belle entrée sur le marché français. Il semble qu'il en va de même en Italie ? Est-ce la meilleure vente de Ducati ou la meilleure vente sur l'ensemble du marché italien ?
C. D. :
Sur tout le marché. Et il marche bien partout dans le monde.

MNC : À son lancement, vous estimiez que le Scrambler était une "marque dans la marque". Vous le confirmez aujourd'hui ?
C. D. :
Absolument.

MNC : Il ne s'agit donc pas de votre entrée de gamme Ducati ?
C. D. :
Si, si, si ! En fait, c'est une nouvelle marque que nous voulons distinguer au maximum de Ducati. Mais toutes nos motos se trouvent bien sûr dans les mêmes magasins. Au bout de deux ans, un client Scrambler pourra donc facilement monter sur un Monster. Si le concessionnaire s'occupe bien de son client et que celui-ci revient le voir pour changer de moto... Le Scrambler est parfait pour entrer dans notre univers. C'est une moto simple, abordable, aussi facile à conduire qu'une 125, légère, basse de selle. On capte beaucoup de nouveaux clients qui pourront ensuite passer sur une évolution du Scrambler (plus puissante, plus chère, plus lourde... plus R nineT, NDLR ?!) ou sauter sur une Ducati.

MNC : Cela signifie que nous ne verrons plus de petit Monster comme le 696. Le plus petit actuellement est le 821... C'est plutôt gros, non ? Le Scrambler restera la nouvelle et seule entrée de gamme chez vous ?
C. D. :
Peut-être pas...

MNC : En France, pour caricaturer, il se vend soit des petites motos pas - trop - chères comme la MT-07, soit de grosses et onéreuses R1200GS. Ne serait-il pas intéressant pour Ducati de commercialiser des Multistrada ou Diavel 899 comme vous le faites avec la Panigale ? Vous gagneriez moins d'argent qu'avec les 1200, certes, mais vous permettriez à plus de monde, et à plus de jeunes, de rouler sur une Ducati...
C. D. :
Vous êtes très malin, peu de personnes analysent ces données (merci, merci, NDLR)...Tout est affaire de compromis, vous savez ! Nous étudions cette problématique en ce moment, et nous pourrions proposer une réponse...

MNC : Grâce au Scrambler notamment, vous prévoyez de dépasser les 50 000 unités en 2015. Mais combien de motos pouvez-vous produire au maximum dans vos usines de Bologne (Italie) et Rayong (Thaïlande) ?
C. D. :
Il n'y a pas vraiment de limite fixée. Nous pouvons nous organiser, notre outil de production est très flexible, nous pouvons la scinder en deux chaînes différentes si nous le souhaitons. À mon avis, la limite se situe bien plus au niveau de la demande qu'à celui de l'offre. Ce que nous ne voulons pas, c'est augmenter artificiellement la demande en développant des motos à bas coûts. Nous voulons maintenir notre offre de produits "Premium", correctement fabriqués, à partir de bon matériel.

MNC : Vous avez évoqué la Chine durant la conférence de presse. Le Brésil est un autre marché intéressant pour Ducati. Vous y travaillez d'ailleurs en partenariat avec Dafra. Quelles motos produisent-ils là-bas ?
C. D. :
Quasiment toute la gamme.

MNC : En quelle quantité ?
C. D. :
Un millier de machines sont sorties de l'usine en 2014. Elles seront un peu plus nombreuses cette année mais nous avons un peu de mal. Nous avons fait des erreurs et nous les corrigeons en ce moment. Nous les avons même corrigées. En 2016 donc, nous commencerons à voir une amélioration majeure de Ducati au Brésil.

MNC : Pour conclure, revenons au Scrambler... Cette moto joue à fond les cartes du cool, de l'hédonisme, du vintage, voire du surf (terriblement "fashion" le surf, même Gisele Bündchen s'y est mise pour la pub de Chanel n°5 !). N'avez-vous pas peur que ces valeurs actuellement à la mode s'effacent prochainement, et avec elles le succès du Scrambler ?
C. D. :
Je crois que la tendance générale est assez lourde. Elle ne s'estompera pas de si tôt.

MNC : Il y a encore quelques années, la vague du Vintage n'était pas apparue. Ne se pourrait-il pas qu'une autre vague la remplace ?
C. D. :
Je pense que le Scrambler est bien plus que du Vintage. C'est un moyen d'exprimer sa personnalité, de profiter des grands espaces et de prendre les choses comme elles viennent, ce qui n'est pas lié au Vintage. Certains de nos concurrents le sont. Nous sommes bien plus modernes et nous ne prévoyons pas la disparition de cet esprit dans les années à venir.

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