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PRÉVENTION
Mireval (34), le 6 septembre 2013

Dunlop et la Sécurité routière testent l'alternative à la sanction

Dunlop et la Sécurité routière testent l'alternative à la sanction

Alors que les motards demandent depuis des années plus de prévention au lieu du tout répressif, la préfecture de l'Hérault - département français particulièrement touché par l'accidentalité routière - et Dunlop l'ont compris... et plutôt bien ! Reportage.

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A Mireval, près de Montpellier (34), se trouve le deuxième centre d'essais routiers au monde, propriété de Goodyear Dunlop.

Sur 200 hectares, on trouve un circuit de comportement de 3,3 km, un circuit arrosé de 1,7 km, des infrastructures particulières comme les pistes de freinage (sec et mouillé), d'aquaplaning en ligne droite et en courbe, des cercles mouillés, une piste bruit, des installations pour les essais auto et moto, et enfin une piste TT !

Hier, c'est l'ensemble de ce site qui a été mis à disposition de 12 stagiaires dans le cadre d'une alternance à la sanction : 12 habitants de l'Hérault, pris en défaut pour des infractions mineures lors d'un contrôle routier des forces de l'ordre, se sont vu proposer, plutôt qu'une amende, d'assister à un stage de sensibilisation d'une journée.

Liste des infractions constatées par l'Escadron départemental de Sécurité routière de l'Hérault (gendarmerie) et dont l'alternative à la sanction était autorisée par le procureur de la République :

  • Refus de priorité (4ème classe, 4 points)
  • Non respect du stop (4ème classe, 4 points)
  • Petits excès de vitesse
    • inférieur à 20 km/h si limité à 50 en agglomération (4ème classe, 1 point)
    • inférieur à 20 km/h si limité à plus de 50 (3ème classe, 1 point)
  • Casque non homologué ou non attaché (4ème classe, 3 points)
  • Circulation avec un pneu lisse, déchiré ou toile apparente (4ème classe)
  • Echappement libre ou bruit gênant (3ème classe)
  • Circulation d'une motocyclette sans feu de croisement (2ème classe)

Les gendarmes devaient également privilégier les jeunes permis, a priori plus exposés au risque en raison de leur moindre expérience.

Objectif de cette journée : mettre en évidence certains points cruciaux pour la sécurité à moto, afin de faire évoluer les comportements par une prise de conscience des réactions du deux-roues en fonction des actions de son conducteur.

La journée se décompose en plusieurs ateliers, avec une première partie théorique en salle :

  • Atelier sensibilisation alcool et drogue (escadron départemental de sécurité routière)
  • Atelier accidentalité des deux-roues motorisés (directions départementale des territoires et de la mer, DDTM34)

Ensuite, les stagiaires assistent à un atelier sur leurs propres motos :

Contrôle technique

Un atelier "contrôle technique" des motos des stagiaires, organisé par Goodyear Dunlop, permet de leur indiquer les points de contrôle "faciles" à réaliser sur sa moto. Tous les stagiaires ont découvert des réglages, contrôles ou lubrifications "mineures" non seulement faciles à faire soi-même, mais aussi indispensables pour conserver une moto en bon état de fonctionnement. En particulier, la vérification de la pression des pneus a bien montré que tous n'étaient pas égaux... On passera pudiquement sur les deux motos dont le pneu arrière avait largement dépassé le témoin d'usure !

La suite du programme permet de profiter pleinement des superbes infrastructures du site de Mireval, avec des exercices pratiques sur des motos prêtées par Honda (CB500 FA ABS et NC 700 ABS), mais aussi des BMW F 800 GT ABS, toutes équipées en Dunlop, naturellement.

Regard et freinage sur l'angle

Un atelier "regard / freinage AV-AR sur l'angle", sur Honda NC700X, permet d'apprécier l'influence du regard : les stagiaires empruntent un grand rond en sens inverse des aiguilles d'une montre (courbe à gauche), en y roulant à 80 km/h en suivant les repères au sol qui déterminent la bonne trajectoire.

Frédéric Loiseau, directeur de cabinet du préfet de l'Hérault

"L'Hérault est un département "sensible" de l'accidentalité routière. Chaque année, une centaine de personnes décèdent sur les routes de l'Hérault, un chiffre très élevé, deux fois plus que dans le reste de notre pays. En 2012, 26% des tués dans le 34 étaient des conducteurs de deux-roues, contre 18% au niveau national. Nous cherchons les moyens de réduire ces chiffres pour économiser des vies ! Le premier, que nous assumons pleinement parce qu'il a fait ses preuves, c'est le volet répression. Mais la prévention est également un volet important, et notre présence sur une opération comme celle-ci le démontre".

Au premier passage, ils doivent rouler normalement. Au deuxième, ils doivent lire des chiffres digitaux sur un afficheur tourné à l'envers, qui les oblige donc à se retourner vers la droite. Le résultat est éloquent : tous les participants se retrouvent déportés de 1,50 à 2 m de la trajectoire !

Les réactions sont elles aussi éloquentes : "sur route tu partais dans le rail ou au fossé, pas moyen d'y échapper, tu sors de la traj', heureusement qu'on a de la marge ici !", etc.

Sébastien Morin, directeur du site de Mireval

"La priorité donnée à la sécurité est une évidence pour Goodyear Dunlop. C'est également une priorité pour la Sécurité routière. Il était donc tout naturel qu'avec des objectifs et visées communes, nous nous associions pour une telle action. Nous avons l'infrastructure et les professionnels capables de dispenser un enseignement de qualité, le mettre à disposition pour faire passer un message de sécurité tombe sous le sens. En effet, un message, si crédible soit-il, ne sera bien perçu et donc ne donnera des résultats tangibles que si et seulement si un ressenti permet de l'expérimenter soi-même.

A Mireval, notre métier est de reproduire les erreurs faites par Monsieur tout le monde sur la route, en les exagérant afin de pallier leurs conséquences. Mettre à disposition nos installations pour des stagiaires, c'est une première, pour nous comme pour la Sécurité routière. A l'issue de cette journée, nous allons valider les objectifs atteints avec les stagiaires. Par la suite, le renouvellement de telles opérations est donc parfaitement envisageable, bien entendu en accord avec la Sécurité routière et les pouvoirs publics".

Pour le freinage avant-arrière, les stagiaires restent sur le même grand rond, toujours à 80 km/h. Ils vont freiner sur l'angle, d'abord uniquement de l'arrière, ensuite uniquement de l'avant, puis des deux simultanément. Le moniteur, lui, place des repères à l'endroit où la moto s'arrête.

Premier constat : ne freiner que de l'arrière donne une distance d'arrêt considérablement plus importante. En ne freinant que de l'avant on réduit déjà la distance, mais c'est naturellement en actionnant les deux simultanément que la distance est la plus courte.

Stéphanie, contrôlée avec des pneus usés...

Stéphanie, lectrice de Moto-Net.Com et pilote en rallyes routiers (sur une Honda CB500 de 2001), roule au quotidien sur une Triumph Street Triple 2011. De retour du Rallye des Volcans, elle se fait contrôler par les forces de l'ordre pour pneus usés... Bien entendu, elle saute sur l'occasion d'échapper à l'amende en faisant le stage proposé par les gendarmes !

Moto-Net.Com : Comment as-tu accueilli cette proposition de stage ?
Stéphanie
: Je ne savais pas trop où j'allais, mais j'étais plutôt emballée ! A la fois à l'idée de ne pas payer d'amende et à l'idée de faire un stage qu'on m'avait présenté comme un stage de pilotage sur circuit !

MNC : Qu'en attendais-tu ?
Stéphanie
: Franchement, j'espérais un peu plus de pratique, surtout avec ce que les gendarmes m'avaient dit sur la route. La pause de midi, avec les présentations officielles, a été très longue ! De l'avis même des moniteurs, on aurait pu exploiter davantage les infrastructures du site, par exemple la piste mouillée en courbe.

MNC : MNC : Comment était l'ambiance ?
Stéphanie
: Très détendue et pas du tout moralisatrice comme on aurait pu s'y attendre, surtout le matin en salle. Tout le monde était très accessible. En particulier, les représentants des forces de l'ordre étaient à notre écoute, très disponibles. On a eu de très bons échanges, et du coup les messages sont très bien passés.

MNC : MNC : Vas-tu changer quelque chose à ta conduite ?
Stéphanie
: Je suis déjà assez prudente, mais sur le sujet pneus surtout, je ne vais plus attendre le dernier moment avant d'en changer ! C'est trop bête de payer beaucoup plus cher pour faire des économies de bouts de chandelle. L'ABS m'a également fait réfléchir pour la moto suivante. Mais pour être franche, ça ne va pas changer ma façon de conduire du tout au tout ! En revanche, dans certaines situations, je suis certaine que des choses apprises ici me serviront. Et pour la petite histoire, quand nous sommes repartis de Mireval, tout le monde n'était pas sous les limitations (rires)...

MNC : MNC : Ferais-tu un stage strictement routier à l'avenir ?
Stéphanie
: Si c'est une alternative à la sanction, clairement oui, quitte à payer. Mon argent serait mieux utilisé comme ça qu'en timbre amende ! Sinon, je préfère et fais régulièrement des stages, mais plutôt dans une optique de pilotage sur circuit !

Deuxième constat : la moto est moins bien équilibrée avec un seul frein. Avec seulement le frein arrière, elle a tendance à aller vers la corde. Avec seulement l'avant, elle tend à se redresser et à élargir. Alors qu'avec les deux freins elle est clairement plus stable, puisque les deux suspensions sont sollicitées plus équitablement. Les réactions ne se font pas attendre : "moi qui ne prenait que l'avant, c'est bien plus court des deux, et en plus la moto est bien plus stable"...

Pression des pneus

Suit un atelier sur l'influence de l'état et des pressions des pneumatiques, au cours duquel deux motos identiques (des BMW F800GT) sont mises à disposition des stagiaires. Dès le départ, un petit slalom entre des piquets en première (maniabilité à basse vitesse), un tour à basse vitesse autour de cônes, puis un tour un peu plus rapide (50 à 60 km/h selon les stagiaires) sur un anneau.

Le premier passage se fait avec des pneus neufs, juste rodés. Le moniteur prend les impressions des stagiaires, moto facile, très instinctive, tout va bien. Le deuxième passage se fait avec des pneus mal usés ("au carré", centre plus usé que les bords donc "plat" au centre du pneu). On a soudain l'impression que ce ne sont pas les mêmes conducteurs ! Les trajectoires sont hésitantes, la vitesse inférieure et les impressions très différentes : "la moto engage, c'est pas stable sur l'angle, faut forcer sur le guidon pour tourner"...

Au troisième passage, les stagiaires reprennent la moto équipée de pneus neufs... mais sous-gonflés à 1,5 (avant et arrière) au lieu de 2,5 à l'avant et 2,9 à l'arrière... La moto est encore différente : plus lourde à manoeuvrer sur le parking et une impression de lourdeur et d'instabilité qui ne fait que se confirmer au roulage. C'est encore pire qu'avec les pneus mal usés : "il faut forcer tout le temps, la moto paraît super lourde, elle ne veut pas tourner, elle n'est pas du tout stable sur l'angle" !

Freinage sur piste mouillée et sèche

Les stagiaires partent soit sur la piste sèche, soit sur la piste mouillée. Sur la première, au guidon d'une Honda CBR500R, ils doivent faire un premier passage à 50 km/h et déclencher un freinage le plus fort possible des deux freins en arrivant à un repère. Distance d'arrêt très courte : une dizaine de mètres.

Deuxième passage : la même chose mais à 90 km/h. Là, la distance d'arrêt s'allonge de façon considérable ! Les réactions sont assez évidentes : "c'est trois fois plus long alors qu'on va même pas deux fois plus vite"...

Sur la piste mouillée, au guidon d'une Honda CB500F, les stagiaires font là aussi un freinage des deux freins au repère, d'abord à 30, puis à 50, et enfin à 70 km/h. Premier constat : la plupart ont déjà du mal à prendre 30 km/h et il faut doubler voire tripler les passages pour que la vitesse soit atteinte ! En revanche, le freinage est efficace à si petite vitesse.

Mais une fois la vitesse requise atteinte, le résultat est clair : la distance d'arrêt s'allonge encore plus sur le mouillé que sur le sec ! Là, les réactions sont franchement timides - voire inexistantes -, tant il est évident que presque tous ont été pris en défaut sur cet exercice... Pas moyen de faire les malins sur ce coup, d'autant qu'on sait tous que sur la route, ils ne rouleraient pas à 70... Un ange passe...

Au final, tous les ateliers, même ceux a priori rébarbatifs en salle, ont apporté quelque chose aux stagiaires. Soit ils ont appris quelque chose, soit le stage leur a rappelé quelques évidences : tout bénéf !

Côté forces de l'ordre, on est visiblement enchantés de participer à une action de prévention plutôt que de verbaliser. Et côté stagiaires, le résultat est très positif : non seulement ils n'ont pas payé d'amendes, mais ils ont passé une super journée sur le site de Mireval, où ils ont appris pas mal de choses tant sur leur machine que sur eux-mêmes. Que demande le peuple motard ? EN-CO-RE !

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